dimanche 27 décembre 2015

Agnès Desarthe "Ce coeur changeant"




Rose grandit entre un père stoïque qui doute en permanence de tout et une mère froide et distante, elle compense son manque d'amour auprès de sa nounou. 1909, Rose a 20 ans, elle quitte son milieu bourgeois favorisé en quête d'une vie nouvelle à Paris alternant déchéances à la manière d'un roman de Zola et ascensions pendant les années folles. 
Tout dans ce roman est contrasté, les personnages ne sont ni bons ni mauvais, ils sont très justement humains, Agnès Desarthe sait mettre en avant leurs sentiments les plus nobles comme leurs pires perversités. Le propos se veut très féministe, la liberté est la clé de voute. L'auteur parle de la filiation en montrant toute l'ambiguïté d'une mère face à sa fille.
Magnifique roman. 

 


Pénélope Bagieu "California Dreamin' "


Pénélope Bagieu retrace le parcours étonnant de "Mama Cass", la chanteuse du groupe The mamas & the papas. Très jeune, elle abandonne ses études pour devenir chanteuse, personne ne croit en elle sauf son père qui l'encourage dans cette voie. Mama Cass, alias Ellen Naomi Cohen dans la vie, est confrontée aux diktats de la musique, qui dès les années 60 lui renvoient ses kilos en trop. 
A force de volonté et d'obstination, Ellen enfonce toutes les portes et parvient à trouver la reconnaissance. Une ascension difficile puis fulgurante dès la signature avec un label pour le très célèbre "California Dreamin' ", titre pour lequel Mama Cass a l'idée de reprendre les phrases du refrain en chœur. Elle décède quelques années plus tard d'une crise cardiaque à 32 ans. 
California Dreamin' c'est l'histoire chaotique d'un groupe sexe drogue & rock n' roll porté par une voix, celle de Mama Cass.





samedi 8 août 2015

Ivan Repila "Le Puits"


Souvent considéré à tort comme des histoires réservées aux enfants, parce qu'ils les mettent en scène, les contes décrivent la cruauté, la brutalité et la violence de l'homme. Le Puits en est l'illustration parfaite. 

Deux enfants, ils sont frères, ils n'ont pas de noms. Le Petit et le Grand sont prisonniers d'un puits de terre au milieu d'une forêt sans perspective de secours. Sept mètres les séparent de la vie, leur lente agonie commence. Ils tentent de survivre, en luttant contre la faim, la soif, la peur, la folie, le froid, la haine, l'amour. Si le dénouement est annoncé avant la fin (elle n'en demeure pas moins bouleversante), l'intrigue repose sur la question : comment ces deux enfants sont-ils tombés dans le puits ? Était-ce un accident ? Quelqu'un de malveillant les y a-t-il poussés ? 
Une tension extrême se dégage de ce huis-clos où l'auteur fait osciller le lecteur entre dualité et amour fraternel, entre tristesse et espoir.

Ce premier roman de Yvan Repila fait l'effet d'un électrochoc, il secoue, vous traverse de part en part et vous laisse étourdi. 

mercredi 22 juillet 2015

Lupano & Panaccione "Un océan d'amour"



Un petit marin tout sec et sa grande et corpulente femme bretonne s'aiment d'un amour tendre. Au p'tit matin, notre marin prend la mer, sa femme lui donne, comme à l'accoutumée, son lot de sardines à l'huile qu'en bon pêcheur il déteste mais, sait-on jamais, ça peut servir... !

En mer, il manque de percuter de plein fouet un cargo pétrolier, sa petite embarcation se trouve prise dans les filets du géant, c'est là que démarre toute une succession de problèmes et de rencontres plus ou moins inattendues...

BD sans texte à la fois attendrissante et drôlissime, Un océan d'amour est à découvrir de toute urgence !

mardi 21 juillet 2015

Catherine Meurisse "Moderne Olympia"



Mélangez des tableaux du musée d'Orsay, des plateaux de tournage, Roméo & Juliette et vous obtenez une BD totalement déjantée dont l'héroïne est l'Olympia de Manet qui est totalement nue et le reste tout au long de cette histoire !



Olympia court désespérément de casting en casting dans le but d'obtenir un premier rôle, mais elle est une "refusée" (clin d’œil au salon des refusés dont Manet fut l'un des initiateurs). Sur un tournage, elle a la mauvaise idée de tomber amoureuse de Romain un "officiel", c'est sans compter sur Vénus, la grande star des plateaux accompagnée de ses trois cupidons qui a déjà la main mise sur le dit-Romain... 

Moderne Olympia est bourré de références et parsemé de tableaux du musée dont les références (titre, peintre, année, technique) sont citées en fin d'ouvrage, rigolade assurée toutes les deux cases, extra ! 





lundi 25 mai 2015

Léonor de Récondo "Amours"


Gros coup de cœur !

Amours au pluriel. Voici un titre bien énigmatique pour qui ouvre ce roman et en commence la lecture. 

1908. Déjà cinq ans que Victoire est mariée à Anselme, notaire à Saint Ferreux-sur-Cher. Leur mariage ne respire pas la joie et le bonheur. Aucun enfant n'est né de leur union, ce qui fait jaser dans le bourg. Victoire n'a pas choisi d'épouser Anselme, c'est sa mère qui a répondu pour elle à une annonce d'Anselme, alors veuf, publiée dans Le Chasseur français. La jeune femme au caractère changeant se montre tantôt douce, tantôt froide et distante avec son mari, lequel se console régulièrement dans les bras de Céleste, la jeune bonne de la maison. Arrive ce qui doit arriver, Céleste est enceinte. Victoire découvrant la grossesse de Céleste et comprenant qui est le père décide de dissimuler le ventre arrondi de sa bonne et d'annoncer à leur entourage qu'elle va bientôt être mère. Quelques mois plus tard, Adrien naît, il est tout de suite retiré à sa mère et confié à Victoire.

Léonor de Récondo nous emmène dans une intimité qui dévoile la beauté et la magnificence du charnel et révèle l'amour aux personnages féminins du roman à qui tout avait été refusé jusqu'alors.

"Huguette, saisie par la beauté de cette musique, reste sur le pas de la porte avec son plateau. Elle écoute et, surtout, elle remarque la gravité du visage de Victoire, complètement absorbée par la délicatesse avec laquelle les notes sortent de ses mains. Poser doucement la pulpe de ses doigts sur la touche, appuyer juste ce qu'il faut pour en avoir l'âme blessée. Juste assez pour, en plein jour et à l'intérieur de soi, ouvrir la porte de la chambre de Céleste, assez pour écouter le piano égrener leur histoire, les devancer assez pour s'émouvoir d'avoir une âme sensible, une âme qu'elle découvre à peine. Se laisser porter par le flots des triolets. Ces notes enfermées dans une partition depuis de si longues années et qui, aujourd'hui, la révèlent profondément."

Autre titre du même auteur à retrouver sur ce blog : Pietra viva

dimanche 24 mai 2015

Daniel Keyes "Les mille et une vies de Billy Milligan"





 Livre fascinant dans lequel Daniel Keyes dresse le portrait de William Milligan arrêté fin des années 70, alors âgé d'une vingtaine d'années, pour vols, séquestrations et viols sur trois à quatre jeunes femmes. Face aux policiers, il nie avoir commis ces crimes. Très vite, il fait l'objet d'une expertise psychiatrique. William dit "Billy" est habité par vingt-quatre personnalités de sexe, d'âge et de caractère différents. Cette histoire n'est pas une fiction, Billy Milligan a réellement existé.

Dans sa préface, l'auteur annonce que son ouvrage se veut très factuel afin de répondre en toute objectivité à la question que tout le monde se pose : est-ce que Billy est vraiment habité par ses vingt-quatre personnalités ou joue-t-il la comédie pour ne pas être tenu responsable de ses crimes ? Au fil des pages, on se rend compte que Keyes est clairement en faveur de la première réponse. 
Les changements de personnalité de Billy sont très impressionnants, Billy est tout à tour David, jeune enfant vulnérable puis Ragen, homme agressif à l'accent yougoslave aguerri au combat et aux armes puis Arthur douée d'une intelligence hors du commun ayant développer des connaissances dans le domaine de la médecine. Billy a crée toute une organisation autour de ses "habitants", les différentes personnalités apparaissent à des moments opportuns en fonction de leurs compétences dans tel ou tel domaine, il y a aussi les indésirables qui ne prennent pas le projecteur, c'est-à-dire la conscience.

Plongée dans l'univers psychiatrique, Les mille et une vies de Billy Milligan est un livre très marquant qui ne laisse pas indifférent. 
Autre titre du même auteur Des fleurs pour Algernon à retrouver dans ce blog. 

Daniel Keyes a écrit Les mille et une guerres de Billy Milligan qui parle de la prise en charge psychiatrique de Billy.


Elise Fontenaille-N'Diaye "Blue book"


Blue book dévoile un pan méconnu de l'histoire : le premier génocide du XXe siècle orchestré par l'Allemagne dans l'actuelle Namibie. Les allemands décident de s'emparer des territoires des Namas et des Hereros implantés sur ces terres depuis des siècles. Ces peuples vont résister à l'invasion allemande en refusant de signer les traités cédant leurs terres et en s'opposant à l'oppression quotidienne des membres de leurs communautés. La résistance va finir dans un bain de sang : génocide, camps de concentration, viols, tortures, comme une répétition générale de la Shoah. 

Le Blue book est un recueil de témoignages des survivants écrit par Thomas O'Reilly, un jeune major britannique installé en Namibie en 1917. Tous les exemplaires du livre recouvert d'une toile bleue ont été détruits afin de dissimuler l'horreur, seul un exemplaire a été sauvé. Une nuit, en faisant des recherches sur Internet, Elise Fontenaille est tombée sur une version numérisée du Blue book, elle a choisi de reprendre son titre pour parler de ce génocide, son point de vue n'est pas celui d'une historienne mais celui d'une écrivaine bouleversée qui décide de faire connaître ce massacre.

Livre poignant à lire absolument.

Cet écrit prend la forme d'un récit. Elise Fontenaille a également publié un roman sur ce génocide : Eben ou les yeux de la nuit 



vendredi 8 mai 2015

Léonor de Récondo "Pietra viva"


1505. Michelangelo quitte Rome pour Carrare afin de choisir les marbres du tombeau qu'il doit sculpter pour le pape Jules II. C'est en homme solitaire, renfermé, en proie à ses démons intérieurs qu'il retourne à la terre des carriers, sa terre natale.  Au fil de son séjour, il se laisse approcher par différentes personnalités du village, Cavallino le fou qui se prend pour un cheval mais surtout Michele, enfant orphelin de mère dont l'innocence, la fragilité et l'affection finiront par briser la muraille que Michelangelo a dressé tout autour de lui.

A la manière du sculpteur travaillant inlassablement la pierre, on trouve dans l'écriture de Léonor de Récondo une exigence et une précision qui ne laissent rien au hasard. Plus roman initiatique qu'historique, Pietra viva est une histoire poétique au souffle puissant

"Le sculpteur, aux mains douées d'un rare pouvoir, n'est pas dupe et se plaît à dire à ses semblables : "Ne regardez pas mon visage, il est laid. Regardez plutôt mes mains ! Elles sont si puissantes qu'elles façonnent la réalité, qu'elles donnent vie à la pierre. Dans le sillon creusé par mon ciseau, les veines du marbres se gorgent de sang.""

samedi 14 mars 2015

Yuichi Kasano "Tu nous emmènes ?"


Une nouvelle histoire adorable de l'auteur japonais Yuichi Kasano déjà cité dans ce blog avec le titre Bloub bloub bloub

Un pilote d'avion et un petit garçon ont achevé la construction de leur avion. Au moment du décollage, le chien veut se joindre au vol alors "Tap tap tap tap tap tap", le pilote lui bricole une niche, puis c'est au tour de maman cochon et ses petits "Emmenez-nous !", "Tap tap ! Paf ! Clong ! Voici un abri pour la famille cochon et ainsi de suite... Mais une fois tout le monde installé, l'avion arrivera-t-il à décoller ?


jeudi 22 janvier 2015

Anne Percin "Les singuliers"


Anne Percin est a écrit deux romans publiés dans la collection La Brune au Rouergue. Elle est également auteur pour le jeunesse, notamment de la trilogie très drôle Comment bien rater ses vacances, à conseiller à des ados.

Les Singuliers est un roman épistolaire où l'on découvre la correspondance entre Hugo Boch et son entourage, notamment Hazel sa cousine et Tobias son meilleur ami d'enfance, tous trois, rapins, issus de la bourgeoisie belge de la fin du XIXe siècle.

Le père de Hugo est à la tête des faïences Villeroy & Boch. Hugo part à Pont-Aven rejoindre la communauté de peintres qui y réside, véritable acte de rébellion vis-à-vis de son père qui le destinait aux arts décoratifs pour devenir peintre sur faïence dans l'entreprise familiale.
Hazel est élève à l'académie Jullian à Paris. Au fil de ses lettres, on découvre ses revendications féministes très avant-gardistes.

La correspondance de ces jeunes gens rend compte d'une époque qui connaît de grands bouleversements : la grève des ouvriers pendant la construction de la Tour Eiffel en vue de l'exposition universelle de 1889, les meurtres à Londres commis par Jack l'éventreur, la grippe qui sévit en Europe à l'hiver 1890-1891.
On plonge dans le milieu artistique bouillonnant de l'époque à travers des personnages fictifs et réels comme Van Gogh et Gauguin auxquels Anne Percin rend un bel hommage. On apprend quelques anecdotes : saviez-vous que Gauguin, avant d'être le peintre que l'on connaît fut banquier et marin ? 
Ces échanges de lettres amènent une vraie réflexion sur la peinture : les sujets choisis, la nudité, la place des femmes, la reconnaissance par ses pairs.

Hugo, Hazel et Tobias sont singuliers dans leur émancipation, dans leur point de vue sur l'art. Ils veulent affirmer un style nouveau, se détacher de l'académisme, des impressionnistes, "ils sont de cette avant-garde qui veut peindre autrement, voir autrement et vivre autrement". Anne Percin dresse le portrait d'une jeunesse fougueuse en proie à ses doutes, intemporelle et universelle.


dimanche 21 décembre 2014

Sarah Turoche-Dromery "Martin gaffeur tout-terrain"


Un nouveau titre de la très bonne collection "En voiture Simone" chez Thierry Magnier.

Martin 16 ans et son frère Sam 13 ans vont rejoindre leurs parents à Rome pour le mariage de leur cousin. 
Martin, comme le titre du livre l'indique est le roi de la gaffe, il a l'art de toujours se mettre dans des situations trèèès compliquées ! Les galères commencent dès le premier jour avec quelques ratés sur le départ en avion puis ils enchaînent les problèmes : perte de leurs bagages, soirée techno-gothico glauque, accident de voiture... Arriveront-ils à temps au mariage ? Ce court roman de 90 pages est hilarant, à lire dès 10 ans et plus car il plaira sans nul doute aux plus grands.

Sam et Martin se rendent à toute berzingue à l'aéroport d'Orly prendre leur avion, petit extrait :

"On se faufile au milieu des touristes et on se place dans la queue de l'Orlybus. Je jette un œil à ma montre. Ça va. L'embarquement se termine d'ici cinquante minutes et le temps du trajet est estimé à une demi-heure. sans embouteillage. Je réfléchis quand à prendre le RER B puis l'Orlyval. Tiens, au fait, c'est Orly Sud ou Orly Ouest notre terminal ?
-Martin ? C'est quel terminal ?
Il sort les billets. Il y a un peu de sang séché sur la pochette.
-Attends, je regarde.
c'est notre tour. Martin déchiffre les indications sur le billet comme si c'était écrit en chinois. Le chauffeur s'impatiente. Je lui adresse un sourire complice pour bien lui signifier que je ne suis ni responsable ni totalement solidaire de l'énergumène derrière moi, quand :
-Stop !
Mon frère m'attrape le bras.
-Qu'est-ce qu'il y a encore ?
-C'est pas Orly. Je me suis gouré.
-Comment ça c'est pas Orly ?
-Non, c'est Roissy. Je me suis trompé d'aéroport.
-Mais t'es vraiment un crétin des Alpes ! j'explose.
-Crétin toi-même ! me renvoie Martin. Parce que toi tu as vérifié peut-être, adjudant chef de mes deux !
-Et c'est qui le "Grand Voyageur", le "Pro de la Route ?"

jeudi 20 novembre 2014

Nadine Robert et Gwendal Le Bec "Le vaillant petit gorille"





Le titre de ce livre m'a tout de suite fait penser à l'album que j'aime beaucoup Trois courageux petits gorilles de Michel Van Zeveren. Prenant son courage à deux mains, chacun des petits gorilles va tour à tour quitter le lit commun pour voir d'où viennent les bruits inquiétants perçus depuis leur chambre douillette. Ils vont tous finir... dans le lit des parents !


Dans l'histoire de Nadine Robert, il est bien sûr question de courage et d'autonomie mais aussi de transmission, de responsabilisation, de confiance, d'entraide, d'injustice et de mise en accusation infondée. Autant de thèmes forts contenus en quelques lignes traités de façon très abordable et intelligente.

Grand-père gorille était autrefois le plus fort de la forêt, mais il a vieilli. Heureusement, il peut compter sur son vaillant petit gorille pour aller chercher les trois œufs mis de côté par la grue. 
Très fier de la mission qui lui a été confiée, petit gorille fait au mieux pour ne pas casser les œufs en chemin, l'autruche lui propose quelques unes de ses plumes pour protéger ses œufs. Très vite, il est suivi par Vervet qui l'accuse d'avoir volé les œufs à la grue, puis par Bonobo qui l'accuse d'avoir arraché les plumes de l'autruche puis par Mandrill et Chimpanzé... Une histoire en randonnée avec accumulation bien rythmée à découvrir d'urgence ! Mention spéciale pour les illustrations à la peinture de Gwendal Le Bec, dont le magnifique portrait de gorille en couverture très réussi.

A partir de 4 ans



jeudi 4 septembre 2014

Joseph Kessel "Les mains du miracle"



Dans ce récit, Joseph Kessel retrace la relation particulière qu'entretenait Himmler, chef des SS avec son médecin Félix Kersten.

Le livre débute par le parcours étonnant de cet homme que rien ne destinait à la médecine. Issu d'un milieu bourgeois aisé, il vit une enfance heureuse et choyée dans son Estonie natale qu'il quitte pour entrer dans une école agronome allemande. Lorsque la première guerre mondiale éclate, il devient sous-officier dans l'armée finnoise. Détestant l'armée et n'ayant aucune terre pour exercer ses fonctions d'agronome, Félix Kersten choisit de se diriger vers la médecine et plus particulièrement vers le massage. Pourvu de larges mains charnues et d'une grande sensibilité au bout des doigts, sa destinée le conduit vers le docteur Kô, médecin-lama, expert en sciences de guérison chinoise et tibétaine, venu en Allemagne pour se former à la médecine occidentale. Pendant trois années, le jeune Kersten devient son élève. N'ayant aucune source de revenu, il exerce différents petits boulots pour subvenir à ses besoins et poursuivre ses études. Au bout de ces trois années, le docteur Kô regagne le Tibet et lègue à son disciple son portefeuille de clients. De par sa formation atypique, sa grande bonté et les résultats étonnants qu'il obtient, le docteur Kersten connaît un vif succès, il compte même de grands industriels et certaines personnalités telles que la reine de Hollande parmi ses patients.

Fin 1938, un ami et patient du docteur lui demande d'examiner Heinrich Himmler, refusant dans un premier temps, il finit par consentir à le voir. Le chef SS souffre d'atroces maux d'estomac qu'aucun médecin ne parvient à lui soigner. Kersten masse et soulage Himmler devenant ainsi le docteur miracle du Reichsführer. Ce dernier fait appel de plus en plus régulièrement à lui et le fait même suivre dans ses déplacements. Les séances de massage se déroulent dans la plus stricte intimité, le docteur est à chaque fois seul avec Himmler. Vulnérable dans la douleur et dépendant des doigts d'or de son bon docteur, Himmler accorde sa pleine confiance à Kersten qui saisit cette opportunité pour demander la libération de prisonniers, l'annulation de déportations, de condamnations à mort... Au fil des années, le médecin conscient de sa capacité à influer sur les décisions du chef SS sauve des millions de personnes de la barbarie nazie.
Un personnage trop méconnu de l'histoire qui méritait d'être mis en lumière, Kessel a rendu compte de cette histoire incroyable en 1960. Les mains du miracle n'a été réédité que cette année par Gallimard. A lire de toute urgence, livre magistral !

"Kersten, à qui plus d'une fois, Himmler avait fait confidence de ses rêves, les mit au service de ses desseins. Il le fit d'abord avec précaution, par crainte de dépasser la mesure. Mais il s'aperçoit très vite que, tout en se défendant pour la forme, Himmler était heureux de l'entendre. De douce violence en douce violence à la vanité du Reichsführer, Kersten finit par lui dire avec cette intonation persuasive que les psychiatres emploient pour les fous :
- On parlera de vous dans les siècles à venir comme du plus grand chef de la race allemande, comme d'un héros de la Germanie, l'égal des anciens chevaliers, l'égal de Henri l'Oiseleur. Mais souvenez-vous qu'ils ne devaient leur gloire à leur seule force et au seul courage. Ils la devaient aussi à leur justice et à leur générosité. Pour ressembler vraiment à ces paladins, à ces preux, il faut être, comme ils l'étaient, magnanime. En parlant de la sorte, Reichsführer, je pense à vous, dans les siècles de l'Histoire.
Et  Himmler, qui avait une confiance absolue dans les mains de Kersten parce qu'elles avaient su deviner et apaiser son mal physique, accordait foi, maintenant, à ses louanges, car elles découvraient et calmaient en même temps son mal psychique.
- Cher monsieur Kersten, disait-il, vous êtes mon seul ami, mon Bouddha, le seul qui sache me comprendre aussi bien que me soigner."



dimanche 17 août 2014

Lucia Puenzo "Wakolda"



1959. Argentine. Josef, un médecin nazi poursuivi par le Mossad fuit Buenos Aires, direction la Patagonie. Sur la route, il rencontre une famille qui part s'installer dans le sud pour reprendre une pension de famille à Bariloche. A la manière de Lolita de Nabokov, une relation mêlant séduction et perversité s'instaure entre Josef et la fille aînée, une pré-ado de 12 ans, atteinte de nanisme; une différence qui attire et fascine l'homme de façon malsaine de même que la grossesse de sa mère, enceinte de son quatrième enfant. 
A force de manipulation et de persuasion, le médecin obtient leur consentement et finit par les rendre à la fois complices et victimes d'horribles actes médicaux qu'ils exercent sur elles deux. Lilith et sa mère deviennent ses souris de laboratoire, de même que ses victimes sous l'Allemagne nazie. 

Si le début du roman est un peu lent comme pour accentuer la longue traversée du désert vers la Patagonie en voiture, patientez car au fil des pages se révèle une histoire bouleversante et dérangeante, Lucia Puenza décrit l'horreur avec pudeur, une lecture dont on ne ressort pas indemne.

Lilith ne détachait pas ses yeux du cahier. 
-C'est quoi ces dessins ?
-Quels dessins ? 
-Ceux de votre cahier.
Sa curiosité était trop forte. Lilith s'était dévoilée entièrement, car l'Allemand ne sortait jamais de sa chambre sans fermer la porte à clé. Et son cahier restait toujours dans le tiroir du secrétaire. 
-Comment sais-tu qu'il y a des dessins là-dedans ?
-Je les ai vus.
-Tu as la clé de cette pièce ?
-Non.
-Alors comment es-tu entrée ?
Lilith montra la fenêtre d'un signe de tête, le défiant du regard. Audacieuse, pensa Josef, enchanté par sa hardiesse . Il la punirait plus tard. 
-Qu'as-tu vu ?
-Je nous ai vus, nous... Ma famille.
 
Lucia Puenza est une écrivaine et réalisatrice argentine, elle a adapté son roman au cinéma sous le titre français Le médecin de famille dont voici la bande-annonce.

A écouter le reportage Des nazis en Patagonie de l'émission Interception sur France inter
L'article wikipédia sur le médecin nazi Josef Mengele connu sous le surnom d'Ange de la mort qui a inspiré ce roman

lundi 28 juillet 2014

Céline Claire et Clémence Pollet "Loup un jour"


Lorsque le loup souffle sur la maison de Petit Cochon, celui-ci pense sa dernière arrivée, mais le loup ne le dévore pas, il lui prend simplement quelques branchages. De même, avec la marmite qu'il emprunte à Grand Cochon ou la tablette de chocolat qu'il pique à Pierre. Que va faire le loup de tout cela ? Sur son chemin, le loup croise également un meunier, le Petit Chaperon rouge, une chèvre... 

Cela vous rappelle quelque chose et à première vue, ne vous semble pas très original ? Ne vous y méprenez pas, cet album est bel et bien une réussite. Le texte est bien rythmé, les illustrations stylisée de Clémence Pollet mettent en scène un loup dont on ne voit qu'un sombre pelage menaçant sur de pleines pages. La chute de l'histoire est terrible... Un indice ? Lisez la quatrième de couverture.

A partir de 5 ans.








samedi 31 mai 2014

Susin Nielsen "Le journal malgré lui de Henry K. Larsen


Henry voit régulièrement Cécil, son psychologue depuis que ÇA s'est passé. ÇA est un terrible évènement qui a provoqué un cataclysme dans la famille de Henry. Cécil est un gros nul au look affreux à qui Henry est obligé de parler, il s'adresse donc à lui avec sa voix de robot : ""Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce d'humanoïde." Alors il [Cécil] finit par battre en retraite."
Son psy lui propose alors d'écrire dans un cahier. C'est à la lecture de ce cahier que l'on découvre l'horreur du drame qui a eu lieu et ses conséquences pour Henry et ses parents.

Ce roman m'a fait penser à Faire le mort de Stefan Casta ou Passer au rouge de Hélène Vignal. Susin Nielsen aborde ici des thèmes difficiles avec réalisme mais sans pathos, les personnages loin d'être idéalisés sont crédibles et très attachants. Les personnages secondaires trouvent toute leur place dans ce roman, ils vont être, chacun à leur manière, d'un grand soutien pour notre héros en souffrance, car Henry ne trouve pas toujours le réconfort attendu auprès de ses parents, eux-même en lutte contre leurs démons. Ne pas s'en tenir aux faits mais tenter de comprendre pourquoi et comment on en arrive là. Comment gérer la culpabilité ressentie ? Comment porter un acte que l'on n'a pas commis mais auquel tout le monde vous relie ? Susin Nielsen parle de tout cela avec brio.
Roman à partir de 14 ans.

dimanche 18 mai 2014

Kathryn Littlewood "La pâtisserie Bliss"



Fan de Charlie et la chocolaterie ou de la série Madame Pamplemousse, ce livre est pour vous !

Bienvenue à la pâtisserie du couple Bliss et de leur quatre enfants; une pâtisserie hors du commun abritant entre ses murs Le livre de recettes magiques des Bliss pour préparer une mousse pour enfants obéissants, un gâteau aux carottes pour faire démarrer les entreprises ou encore des cookies de la vérité. Toutes ces recettes nécessitent, pour leur réalisation des ingrédients très spéciaux et une connaissance de la magie. En toute discrétion, le couple Bliss œuvre auprès des habitants de Calamity Falls en vendant et en offrant toutes sortes de gâteaux réparant les maux des uns et des autres. 
Un jour, les parents doivent quitter précipitamment la pâtisserie pour venir en aide à une ville voisine atteinte d'un virus, les enfants gèrent alors le magasin en véritables apprentis-magiciens avec quelques essais pâtissiers ratés semant la pagaille dans la ville tout en faisant face à une menace qui plane sur le précieux livre familial.

Une pointe d'aventure, un saupoudrage de fantaisie et de drôlerie pour une recette merveilleuse en des contrées sucrées, la pâtisserie Bliss est un enchantement. A la manière des romans de Roald Dahl ou plus récemment de David Walliams (Joe millionnaire), la gourmandise, la surréalisme et l'humour ont une place prépondérante, les personnages sont caricaturés, les enfants pleinement innocents sont préservés des défauts des adultes.

2 tomes parus à ce jour. Dès 9 ans.

"Gâteau au pavot rouge 
A la recherche des objets perdus 

En l'an de grâce 1518, sur l'Ile aux Ecumes, en Ecosse, Lady Gresnil Bliss, arborant son tablier rouge, aida Lord Fallon O'Lechnod, l'éternel distrait, à retrouver sa cape. "Elle est incrustée de rubis et doublée de fourrure de furet ! Je l'ai égarée il y a deux semaines. C'est un coup de mes ennemis", lui avait déclaré Lord Fallon. Lady Bliss lui confectionna ces gâteaux, et en les mangeant, Lord Fallon se rappela avoir posé sa précieuse cape sur sa chaise lors d'un dîner chez l'archevêque Pierrod deux semaines plus tôt.

- Mais qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ? demanda Origan.
Oliver se tourna vers son petit frère.
- Ça veut dire arrière-arrière-arrière-arrière grand-ché-pas-quoi a aidé un homme riche à se rappeler qu'il avait oublié son manteau à un dîner.
Oliver poursuivit tandis que Rose écrivait frénétiquement dans son cahier.

Gresnil Bliss mit deux poignées de farine aussi pure que de la neige dans un saladier en bois, cassa un œuf de poule dans la farine et perça le jaune d'or avec le petit doigt de sa main GAUCHE en chuchotant trois fois "Oublietto Desoletto".
Puis elle mélangea une cupule de graines noires à une cuillerée de lait de vache en murmurant "Souviendo Reviendo". Elle versa le lait sur la farine et fit tourner cinq fois la cuillère en fer dans le sens des aiguilles d'une montre. Après voir saupoudré la mixture de salive d'éléphant, elle souffla dessus. Pour finir, au centre de chaque gâteau, elle plaça un pétale de coquelicot. 

Cela continuait ainsi pendant un moment.

Il soufflait un vent du nord. Elle enfourna les gâteaux dans un four CHAUD comme sept flammes, le TEMPS  de six chansons, puis les servit à Lord Fallon O'Lechnod. Une lueur verte brilla dans les yeux du Lord. Il se rendit chez l'archevêque. Sa cape y était.

-J'ignorais que les recettes étaient... comme ça, remarqua Rose.
Elle parcourut ses notes.
-Une cupule de graines noires ? Chaud comme sept flammes ? Le temps de six chansons. Je n'ai aucune idée de ce que ces mesures signifient.
Elle regarda ses frères d'un air désespéré."

vendredi 18 avril 2014

Barral "Mon pépé est un fantôme"


Le pépé de Napoléon vient de mourir. Pendant la veillée funèbre, le fantôme de pépé apparait devant Napoléon mais lui seul peut le voir. Les ancêtres de Pépé lui ont confié une mission : il doit veiller sur son petit-fils et faire de lui et ses parents, une famille unie. Mission délicate puisque les parents de Napoléon sont en pleine rupture. Napoléon et Pépé vont tout faire pour les réconcilier...

Scénario et dessins dialoguent, se desservent l'un l'autre pour former une unité, un ensemble très réussi. 
La mort n'est pas tabou, elle perd sa dimension dramatique au profit de l'humour qui fonctionne à plein, tranches de rire assurées aussi bien pour les petits que pour les grands.
11 tomes prévus dont 4 publiés à ce jour.
A partir de 8-9 ans




mercredi 2 avril 2014

Barbara Constantine "Et puis, Paulette..."


Et puis, Paulette... Un titre énigmatique tout au long de la lecture de ce roman qui ne dévoile sa raison d'être qu'à la toute dernière page ! 
Barbara Constantine livre un petit bijou de lecture empreint de sensibilité et d'humanisme. Comme dans ses autres romans, elle brosse le portrait de classes populaires en milieu rural confrontées à des difficultés sociales, financières et familiales.
Il y a Ferdinand, retraité et veuf, empêtré dans sa difficulté à exprimer ses sentiments, Marceline et sa grande blessure en travers du cœur si longue à cicatriser, et puis Guy, qui doit apprendre à vivre sans Gaby, sa femme et partenaire de toute une vie, sans oublier les inséparables sœurs Lumière, Simone, 88 ans, et Hortense, 95 ans, qui par moment débloque complètement. 
Tous, avec leurs petits et grands soucis vont cohabiter dans la grande ferme de Ferdinand, leur colocation de "vieux" va s'ouvrir aux jeunes générations sur un échange de bons procédés : offre gîte, blanchisserie et couvert contre entretien du potager ou soins infirmiers. Une nouvelle famille de cœur se constitue et s'organise.
Le retour aux choses simples, la terre, les animaux, l'écologie, le partage, l'entraide, la solidarité et les liens intergénérationnels sont des thèmes récurrents dans les romans de Barbara Constantine, comme pour nous rappeler que l'essentiel est là. On rit et on pleure à la lecture de cette histoire légèrement enjolivée mais si touchante. 

"Et Simone s'est bouché les oreilles en murmurant : Ça y est, elle recommence à débloquer, quand elle s'est mise à chanter à tue-tête : Aïm ségué aine ze rêne,  aïm ségué aine ze rêne, ouate e biou tiful fi léne, aïm rapi e gaine... Un hommage au film qu'elle ne ratait sous aucun prétexte quand il passait à la télé, au moment de Noël. Elle n'avait jamais très bien compris l'histoire, ni ce qu'ils baragouinaient dans leurs chansons, mais ça lui plaisait bien que des gens se mettent à danser et à chanter sous la pluie en ayant l'air content. Elle trouvait ça épatant. On voyait jamais personne faire ça dans la vraie vie. A part les enfants. Et encore, fallait pas que les parents soient dans les parages..."