dimanche 24 mai 2015

Elise Fontenaille-N'Diaye "Blue book"


Blue book dévoile un pan méconnu de l'histoire : le premier génocide du XXe siècle orchestré par l'Allemagne dans l'actuelle Namibie. Les allemands décident de s'emparer des territoires des Namas et des Hereros implantés sur ces terres depuis des siècles. Ces peuples vont résister à l'invasion allemande en refusant de signer les traités cédant leurs terres et en s'opposant à l'oppression quotidienne des membres de leurs communautés. La résistance va finir dans un bain de sang : génocide, camps de concentration, viols, tortures, comme une répétition générale de la Shoah. 

Le Blue book est un recueil de témoignages des survivants écrit par Thomas O'Reilly, un jeune major britannique installé en Namibie en 1917. Tous les exemplaires du livre recouvert d'une toile bleue ont été détruits afin de dissimuler l'horreur, seul un exemplaire a été sauvé. Une nuit, en faisant des recherches sur Internet, Elise Fontenaille est tombée sur une version numérisée du Blue book, elle a choisi de reprendre son titre pour parler de ce génocide, son point de vue n'est pas celui d'une historienne mais celui d'une écrivaine bouleversée qui décide de faire connaître ce massacre.

Livre poignant à lire absolument.

Cet écrit prend la forme d'un récit. Elise Fontenaille a également publié un roman sur ce génocide : Eben ou les yeux de la nuit 



vendredi 8 mai 2015

Léonor de Récondo "Pietra viva"


1505. Michelangelo quitte Rome pour Carrare afin de choisir les marbres du tombeau qu'il doit sculpter pour le pape Jules II. C'est en homme solitaire, renfermé, en proie à ses démons intérieurs qu'il retourne à la terre des carriers, sa terre natale.  Au fil de son séjour, il se laisse approcher par différentes personnalités du village, Cavallino le fou qui se prend pour un cheval mais surtout Michele, enfant orphelin de mère dont l'innocence, la fragilité et l'affection finiront par briser la muraille que Michelangelo a dressé tout autour de lui.

A la manière du sculpteur travaillant inlassablement la pierre, on trouve dans l'écriture de Léonor de Récondo une exigence et une précision qui ne laissent rien au hasard. Plus roman initiatique qu'historique, Pietra viva est une histoire poétique au souffle puissant

"Le sculpteur, aux mains douées d'un rare pouvoir, n'est pas dupe et se plaît à dire à ses semblables : "Ne regardez pas mon visage, il est laid. Regardez plutôt mes mains ! Elles sont si puissantes qu'elles façonnent la réalité, qu'elles donnent vie à la pierre. Dans le sillon creusé par mon ciseau, les veines du marbres se gorgent de sang.""

samedi 14 mars 2015

Yuichi Kasano "Tu nous emmènes ?"


Une nouvelle histoire adorable de l'auteur japonais Yuichi Kasano déjà cité dans ce blog avec le titre Bloub bloub bloub

Un pilote d'avion et un petit garçon ont achevé la construction de leur avion. Au moment du décollage, le chien veut se joindre au vol alors "Tap tap tap tap tap tap", le pilote lui bricole une niche, puis c'est au tour de maman cochon et ses petits "Emmenez-nous !", "Tap tap ! Paf ! Clong ! Voici un abri pour la famille cochon et ainsi de suite... Mais une fois tout le monde installé, l'avion arrivera-t-il à décoller ?


jeudi 22 janvier 2015

Anne Percin "Les singuliers"


Anne Percin est a écrit deux romans publiés dans la collection La Brune au Rouergue. Elle est également auteur pour le jeunesse, notamment de la trilogie très drôle Comment bien rater ses vacances, à conseiller à des ados.

Les Singuliers est un roman épistolaire où l'on découvre la correspondance entre Hugo Boch et son entourage, notamment Hazel sa cousine et Tobias son meilleur ami d'enfance, tous trois, rapins, issus de la bourgeoisie belge de la fin du XIXe siècle.

Le père de Hugo est à la tête des faïences Villeroy & Boch. Hugo part à Pont-Aven rejoindre la communauté de peintres qui y réside, véritable acte de rébellion vis-à-vis de son père qui le destinait aux arts décoratifs pour devenir peintre sur faïence dans l'entreprise familiale.
Hazel est élève à l'académie Jullian à Paris. Au fil de ses lettres, on découvre ses revendications féministes très avant-gardistes.

La correspondance de ces jeunes gens rend compte d'une époque qui connaît de grands bouleversements : la grève des ouvriers pendant la construction de la Tour Eiffel en vue de l'exposition universelle de 1889, les meurtres à Londres commis par Jack l'éventreur, la grippe qui sévit en Europe à l'hiver 1890-1891.
On plonge dans le milieu artistique bouillonnant de l'époque à travers des personnages fictifs et réels comme Van Gogh et Gauguin auxquels Anne Percin rend un bel hommage. On apprend quelques anecdotes : saviez-vous que Gauguin, avant d'être le peintre que l'on connaît fut banquier et marin ? 
Ces échanges de lettres amènent une vraie réflexion sur la peinture : les sujets choisis, la nudité, la place des femmes, la reconnaissance par ses pairs.

Hugo, Hazel et Tobias sont singuliers dans leur émancipation, dans leur point de vue sur l'art. Ils veulent affirmer un style nouveau, se détacher de l'académisme, des impressionnistes, "ils sont de cette avant-garde qui veut peindre autrement, voir autrement et vivre autrement". Anne Percin dresse le portrait d'une jeunesse fougueuse en proie à ses doutes, intemporelle et universelle.


dimanche 21 décembre 2014

Sarah Turoche-Dromery "Martin gaffeur tout-terrain"


Un nouveau titre de la très bonne collection "En voiture Simone" chez Thierry Magnier.

Martin 16 ans et son frère Sam 13 ans vont rejoindre leurs parents à Rome pour le mariage de leur cousin. 
Martin, comme le titre du livre l'indique est le roi de la gaffe, il a l'art de toujours se mettre dans des situations trèèès compliquées ! Les galères commencent dès le premier jour avec quelques ratés sur le départ en avion puis ils enchaînent les problèmes : perte de leurs bagages, soirée techno-gothico glauque, accident de voiture... Arriveront-ils à temps au mariage ? Ce court roman de 90 pages est hilarant, à lire dès 10 ans et plus car il plaira sans nul doute aux plus grands.

Sam et Martin se rendent à toute berzingue à l'aéroport d'Orly prendre leur avion, petit extrait :

"On se faufile au milieu des touristes et on se place dans la queue de l'Orlybus. Je jette un œil à ma montre. Ça va. L'embarquement se termine d'ici cinquante minutes et le temps du trajet est estimé à une demi-heure. sans embouteillage. Je réfléchis quand à prendre le RER B puis l'Orlyval. Tiens, au fait, c'est Orly Sud ou Orly Ouest notre terminal ?
-Martin ? C'est quel terminal ?
Il sort les billets. Il y a un peu de sang séché sur la pochette.
-Attends, je regarde.
c'est notre tour. Martin déchiffre les indications sur le billet comme si c'était écrit en chinois. Le chauffeur s'impatiente. Je lui adresse un sourire complice pour bien lui signifier que je ne suis ni responsable ni totalement solidaire de l'énergumène derrière moi, quand :
-Stop !
Mon frère m'attrape le bras.
-Qu'est-ce qu'il y a encore ?
-C'est pas Orly. Je me suis gouré.
-Comment ça c'est pas Orly ?
-Non, c'est Roissy. Je me suis trompé d'aéroport.
-Mais t'es vraiment un crétin des Alpes ! j'explose.
-Crétin toi-même ! me renvoie Martin. Parce que toi tu as vérifié peut-être, adjudant chef de mes deux !
-Et c'est qui le "Grand Voyageur", le "Pro de la Route ?"

jeudi 20 novembre 2014

Nadine Robert et Gwendal Le Bec "Le vaillant petit gorille"





Le titre de ce livre m'a tout de suite fait penser à l'album que j'aime beaucoup Trois courageux petits gorilles de Michel Van Zeveren. Prenant son courage à deux mains, chacun des petits gorilles va tour à tour quitter le lit commun pour voir d'où viennent les bruits inquiétants perçus depuis leur chambre douillette. Ils vont tous finir... dans le lit des parents !


Dans l'histoire de Nadine Robert, il est bien sûr question de courage et d'autonomie mais aussi de transmission, de responsabilisation, de confiance, d'entraide, d'injustice et de mise en accusation infondée. Autant de thèmes forts contenus en quelques lignes traités de façon très abordable et intelligente.

Grand-père gorille était autrefois le plus fort de la forêt, mais il a vieilli. Heureusement, il peut compter sur son vaillant petit gorille pour aller chercher les trois œufs mis de côté par la grue. 
Très fier de la mission qui lui a été confiée, petit gorille fait au mieux pour ne pas casser les œufs en chemin, l'autruche lui propose quelques unes de ses plumes pour protéger ses œufs. Très vite, il est suivi par Vervet qui l'accuse d'avoir volé les œufs à la grue, puis par Bonobo qui l'accuse d'avoir arraché les plumes de l'autruche puis par Mandrill et Chimpanzé... Une histoire en randonnée avec accumulation bien rythmée à découvrir d'urgence ! Mention spéciale pour les illustrations à la peinture de Gwendal Le Bec, dont le magnifique portrait de gorille en couverture très réussi.

A partir de 4 ans



jeudi 4 septembre 2014

Joseph Kessel "Les mains du miracle"



Dans ce récit, Joseph Kessel retrace la relation particulière qu'entretenait Himmler, chef des SS avec son médecin Félix Kersten.

Le livre débute par le parcours étonnant de cet homme que rien ne destinait à la médecine. Issu d'un milieu bourgeois aisé, il vit une enfance heureuse et choyée dans son Estonie natale qu'il quitte pour entrer dans une école agronome allemande. Lorsque la première guerre mondiale éclate, il devient sous-officier dans l'armée finnoise. Détestant l'armée et n'ayant aucune terre pour exercer ses fonctions d'agronome, Félix Kersten choisit de se diriger vers la médecine et plus particulièrement vers le massage. Pourvu de larges mains charnues et d'une grande sensibilité au bout des doigts, sa destinée le conduit vers le docteur Kô, médecin-lama, expert en sciences de guérison chinoise et tibétaine, venu en Allemagne pour se former à la médecine occidentale. Pendant trois années, le jeune Kersten devient son élève. N'ayant aucune source de revenu, il exerce différents petits boulots pour subvenir à ses besoins et poursuivre ses études. Au bout de ces trois années, le docteur Kô regagne le Tibet et lègue à son disciple son portefeuille de clients. De par sa formation atypique, sa grande bonté et les résultats étonnants qu'il obtient, le docteur Kersten connaît un vif succès, il compte même de grands industriels et certaines personnalités telles que la reine de Hollande parmi ses patients.

Fin 1938, un ami et patient du docteur lui demande d'examiner Heinrich Himmler, refusant dans un premier temps, il finit par consentir à le voir. Le chef SS souffre d'atroces maux d'estomac qu'aucun médecin ne parvient à lui soigner. Kersten masse et soulage Himmler devenant ainsi le docteur miracle du Reichsführer. Ce dernier fait appel de plus en plus régulièrement à lui et le fait même suivre dans ses déplacements. Les séances de massage se déroulent dans la plus stricte intimité, le docteur est à chaque fois seul avec Himmler. Vulnérable dans la douleur et dépendant des doigts d'or de son bon docteur, Himmler accorde sa pleine confiance à Kersten qui saisit cette opportunité pour demander la libération de prisonniers, l'annulation de déportations, de condamnations à mort... Au fil des années, le médecin conscient de sa capacité à influer sur les décisions du chef SS sauve des millions de personnes de la barbarie nazie.
Un personnage trop méconnu de l'histoire qui méritait d'être mis en lumière, Kessel a rendu compte de cette histoire incroyable en 1960. Les mains du miracle n'a été réédité que cette année par Gallimard. A lire de toute urgence, livre magistral !

"Kersten, à qui plus d'une fois, Himmler avait fait confidence de ses rêves, les mit au service de ses desseins. Il le fit d'abord avec précaution, par crainte de dépasser la mesure. Mais il s'aperçoit très vite que, tout en se défendant pour la forme, Himmler était heureux de l'entendre. De douce violence en douce violence à la vanité du Reichsführer, Kersten finit par lui dire avec cette intonation persuasive que les psychiatres emploient pour les fous :
- On parlera de vous dans les siècles à venir comme du plus grand chef de la race allemande, comme d'un héros de la Germanie, l'égal des anciens chevaliers, l'égal de Henri l'Oiseleur. Mais souvenez-vous qu'ils ne devaient leur gloire à leur seule force et au seul courage. Ils la devaient aussi à leur justice et à leur générosité. Pour ressembler vraiment à ces paladins, à ces preux, il faut être, comme ils l'étaient, magnanime. En parlant de la sorte, Reichsführer, je pense à vous, dans les siècles de l'Histoire.
Et  Himmler, qui avait une confiance absolue dans les mains de Kersten parce qu'elles avaient su deviner et apaiser son mal physique, accordait foi, maintenant, à ses louanges, car elles découvraient et calmaient en même temps son mal psychique.
- Cher monsieur Kersten, disait-il, vous êtes mon seul ami, mon Bouddha, le seul qui sache me comprendre aussi bien que me soigner."