dimanche 19 janvier 2014

Christian Peultier "Nuage"






Nuage un prénom singulier pour une petite fille singulière. Née mystérieusement blanche dans un village d'Afrique d'une mère noire, Nuage est raillée et rejetée par les enfants du village.
La mère de Nuage a été chassée de son village d'origine et abandonnée par son mari à la naissance de leur fille, frappée selon le sorcier d'une malédiction divine, elle ne se montre pas particulièrement tendre envers cette enfant qui ne lui attire que des ennuis.
Le départ en taxi brousse pour rendre visite à une tante va marquer le début d'aventures et révéler l'étrange pouvoir la petite rouquine sur les animaux sauvages. Les gens commencent à regarder Nuage d'un autre œil.
Les dessins sont travaillés, pas du tout enfantins, il en va de même pour les couleurs dans les tons marrons et orangés évoquant la terre. Nuage est une belle histoire avec des thèmes universels, l'exclusion, la relation mère-fille, le respect de l'environnement loin des clichés de l'Afrique.
A partir de 8-9 ans.





jeudi 9 janvier 2014

Jean-Marie Omont "La balade de Yaya"


1937, la Chine entre en guerre avec le Japon, les bombardements commencent. Yaya, fille du plus gros diamantaire de Shangai rêve d'un brillant avenir de pianiste. Face aux évènements, ses parents décident de partir pour Hong-Kong et lui annoncent qu'elle ne pourra pas se rendre à l'école de musique afin d'y passer son concours de piano. 
Refusant la décision de ses parents, Yaya désobéit et part seule dans les rues ravagées par les tirs et les bombes. Elle rencontre alors Tuduo, petit garçon pauvre des rues exploité par un sale type nommé Zhu dont il cherche à échapper. Tous deux se retrouvent livrés à eux-mêmes, toujours poursuivis par Zhu, ils tentent de rejoindre les parents de Yaya.

Cette bande-dessinée aborde des thèmes traditionnels que l'on retrouve communément dans la littérature jeunesse : des orphelins, la richesse côtoyant la pauvreté, des personnages plutôt manichéens, des aventures bien rythmées... Une recette qui fonctionne à merveille appuyée par des dessins de toute beauté rappelant les mangas. 
A partir de 8-9 ans





jeudi 26 décembre 2013

Béatrice Alemagna "Bon voyage bébé"


Bébé part en voyage. Il prépare sa valise pour son départ : le biberon, le doudou, son livre préféré... Une fois propre et sa tenue enfilée, Bébé dit au revoir au chat, à Papa, à Maman. 
Voici une façon originale d'aborder le rituel du coucher avec des illustrations tout en douceur. La quatrième de couverture reprend tous les objets de Bébé qui apparaissent dans l'histoire sous forme d'imagier.
Cet album a été offert par le conseil général de l'Ardèche à tous les enfants nés dans ce département. 


 "Papa me change : il faut être propre pour voyager." 


 "Maman murmure : "bon voyage bébé." 
Elle allume le moteur.


"Et puis ça y est, je pars."

mardi 24 décembre 2013

Colin Thibert "Le bus 666"


Comme chaque matin Chloé prend le bus qui la conduit au collège mais ce matin elle ne tarde pas à s'apercevoir qu'il se passe des choses inhabituelles dans le bus... Au volant se trouve un chauffeur sans tête, ayant juste un crâne de mort coiffé d'un bonnet rasta et pour une voisine une vieille dame à l'air inoffensif qui s'avère être une sorcière. Chloé n'est pas monté dans le bus 66 mais dans le bus 666 ! Toutes sortes de créatures se présentent à elle : des ogres, des zombies joueurs de poker, un diable chaussé de bottes mexicaines en peau d'iguane qui se prend pour un rocker, des gnomes, des fantômes... Comment Chloé va-t-elle expliquer son absence à ses parents, comment retourner chez elle ?
A la fois drôle et inquiétant, on ressort de cette lecture sans avoir eu des explications à tout ce qui s'est passé laissant ainsi une porte ouverte à l'intrigue et à l'imaginaire du lecteur. On se délecte à la lecture de mots "compliqués" : scolopendres, masure, idéogramme, pourpoints, frondaisons qui éveilleront la curiosité des jeunes lecteurs
A partir de 8-9 ans
Dans la collection "En voiture Simone" où a été publié la chouette série Les cousins Karlsson  de Katarina Mazetti

"Les premières notes de Hoochie Coochie Man se sont fait entendre; un téléphone portable incrusté d'opales et de turquoises est apparu dans sa main.
-Lucifer, j'écoute...
Il y avait donc du réseau dans cette mine ?! Son téléphone à l'oreille, Lucifer allait et venait en faisant de grands gestes, lançant des chiffres, parlant contrats. Finalement, il a refermé le clapet du téléphone d'un coup sec en déclarant : 
-Mon agent est un crétin ! Si ça continue comme ça, je vais négocier mes concerts moi-même ! Bon, je vais régler le problème et je reviens. Fais comme chez toi en attendant. 
Le cœur battant, j'ai sorti mon portable et composé le numéro de la maison.

"Vous êtes sur le réseau privé de Lucifer. Nous ne pouvons donner suite à votre appel..." 
J'en aurais pleuré. Progressivement, je me suis ressaisie. Il ne servait à rien de geindre sur mon sort, il fallait affronter la situation et trouver un moyen de m'en sortir."

dimanche 22 décembre 2013

J. M. G. Le Clézio "Le chercheur d'or"


Alexis a 8 ans lorsqu'il assiste à l’effondrement des projets familiaux. 1892, un terrible cyclone s'abat sur Maurice détruisant la turbine dans laquelle son père avait placé les derniers deniers de la famille en vue d'électrifier une partie de l'île. Ils sont contraints d'abandonner le domaine du Boucan où ils vivent. 
Cette tragédie est le point de départ d'une vie chahutée pour le garçon devenu jeune homme, il n'aura de cesse de retrouver sa vie d'antan au Boucan. Alexis poursuit les rêves les plus fous de son père et part en quête d'un trésor de corsaire à Rodrigues où il rencontrera Ouma.
Ode à la nature et à l'amour, Le Chercheur d'or est un livre magnifique où il est question de solitude, d'orgueil et de nostalgie. Alexis, parviendra-t-il à faire le deuil de son enfance au Boucan ?

jeudi 28 novembre 2013

Timothée de Fombelle "Victoria rêve"





Les rêves de Victoria l'emmènent loin, très loin de ce quotidien monotone qui rythme ses journées à Chaise-sur-le-Pont entourée de ses parents dont la seule excentricité est d'avoir, un soir, dansé un tango dans leur salon. Le père de Victoria porte des costumes couleur pigeon et travaille sur la production de pâté en tube à l'usine Manupadec. Pour échapper à l'ennui, Victoria a des rêves plein la tête, elle imagine qu'elle se bat avec un ennemi au visage tatoué à bord d'un bateau pirate, qu'elle possède un singe apprivoisé dans sa poche ou bien qu'elle porte un chapeau de mousquetaire pour se promener sous la lune.
Victoria est une enfant solitaire, elle n'a pas vraiment d'amis. Les murs de sa chambre ne sont pas recouverts de posters de chanteurs mais de livres qui nourrissent son imaginaire débordant. Or, depuis quelques jours Victoria constate que certains de ses livres ont disparu, son enquête va la mener du côté des Cheyennes et de Big Buffalo...

Le dernier roman de Timothée de Fombelle (lire l'excellente série en deux tomes Vango) est plein d'humour. Cette histoire moins légère qu'elle n'y paraît s'avère très touchante.

A partir de 9-10 ans

"Tous les deux savaient que Victoria ne passait jamais chez personne. Elle n'avait pas d'amis au sens habituel de ce terme pour des parents, ce mot "ami" qui caractérise toute personne avec laquelle leur enfant écoute de la musique en chaussettes dans une chambre pendant des heures en faisant les pieds aux murs.
Si Victoria avait des amis, ils portaient des katana de samouraï, des perruques poudrées, ou ils hantaient la jungle d'Amazonie avec des peintures de guerre. Si elle avait des amis, ils passaient à travers les murs et les pages des livres, ils sortaient le soir de sa penderie et s'appelaient Foster, l'éléphant à poil long échappé d'un cirque , ou Juana la petite danseuse espagnole qui parcourait la Russie."

lundi 25 novembre 2013

Isabelle Pandazopoulos "La Décision"



Ouch ! Une fois ouvert, difficile de refermer ce livre coup de poing !  

Cours des maths pour la classe de terminale S. Louise se sent mal, elle quitte le cours et se rend aux toilettes du lycée où elle donne naissance à un petit garçon. Déni de grossesse. La nouvelle tombe comme un couperet. Personne ne s'était rendu compte de cette grossesse, pas même Louise. Lorsqu'on lui demande qui est le père, Louise affirme qu'elle n'a jamais eu de relations sexuelles avec qui que se soit. Son affirmation est si invraisemblable... Louise dit-elle la vérité ?
Cette histoire est racontée à plusieurs voix, Louise, sa mère, son père, la psychologue, l'éducatrice, ses amis... Isabelle Pandazopoulos aborde avec un ton juste et beaucoup de délicatesse des sujets complexes. 

A partir de 14-15 ans.
A lire, le premier roman de Isabelle Pandazopoulos, On s'est juste embrassés

Alain Poirier, proviseur.
[...] Quand on est arrivés dans les toilettes, j'ai dit à Samuel de rejoindre ses camarades de classe. J'ai fermé cette porte et je me suis approché. 
J'ai vu sa main qui gisait inerte sur le sol et dans son sang. J'ai repoussé aussi loin que j'ai pu la panique que j'ai sentie monter, j'étais pris de vertiges, j'ai sorti le petit canif que j'ai toujours sur moi et je l'ai glissé dans le chambranle de la porte pour faire sauter le loquet. Je n'arrêtais pas de parler, de l'appeler, de lui dire ne pas s'inquiéter, que je m'occupais de tout, je m'entendais respirer, souffler, mon cœur cognait dans ma poitrine, dans ma tête, mes mains tremblaient contre ma volonté. Il m'a fallu enlever la porte de ses gonds, le corps de Louise bloquait l'entrée. Je l'ai fait, je l'ai posée dans un coin, je me suis retournée et puis j'ai vu. 
Cette petite chose qu'elle avait sur son ventre. 
Un bébé. 
Je me suis assis à côté d'eux. J'ai pris leur pouls. Ils étaient vivants. La mère et l'enfant. Louise avait dû s'évanouir. J'ai passé un peu d'eau sur son visage mais ça ne servait à rien. Je me sentais inutile. Je n'osais pas... Je me suis mis à pleurer. Et puis j'ai pris l'enfant dans mes bras et je l'ai serré contre moi pour le réchauffer. J'ai entendu son cœur battre contre le mien. Je ne pensais plus à rien. Pendant quelques instants, la seule chose qui a compté, alors que j'étais assis par terre dans les toilettes, les mains pleines de sang, c'est de sentir que cet enfant vivait."