dimanche 17 août 2014

Lucia Puenzo "Wakolda"



1959. Argentine. Josef, un médecin nazi poursuivi par le Mossad fuit Buenos Aires, direction la Patagonie. Sur la route, il rencontre une famille qui part s'installer dans le sud pour reprendre une pension de famille à Bariloche. A la manière de Lolita de Nabokov, une relation mêlant séduction et perversité s'instaure entre Josef et la fille aînée, une pré-ado de 12 ans, atteinte de nanisme; une différence qui attire et fascine l'homme de façon malsaine de même que la grossesse de sa mère, enceinte de son quatrième enfant. 
A force de manipulation et de persuasion, le médecin obtient leur consentement et finit par les rendre à la fois complices et victimes d'horribles actes médicaux qu'ils exercent sur elles deux. Lilith et sa mère deviennent ses souris de laboratoire, de même que ses victimes sous l'Allemagne nazie. 

Si le début du roman est un peu lent comme pour accentuer la longue traversée du désert vers la Patagonie en voiture, patientez car au fil des pages se révèle une histoire bouleversante et dérangeante, Lucia Puenza décrit l'horreur avec pudeur, une lecture dont on ne ressort pas indemne.

Lilith ne détachait pas ses yeux du cahier. 
-C'est quoi ces dessins ?
-Quels dessins ? 
-Ceux de votre cahier.
Sa curiosité était trop forte. Lilith s'était dévoilée entièrement, car l'Allemand ne sortait jamais de sa chambre sans fermer la porte à clé. Et son cahier restait toujours dans le tiroir du secrétaire. 
-Comment sais-tu qu'il y a des dessins là-dedans ?
-Je les ai vus.
-Tu as la clé de cette pièce ?
-Non.
-Alors comment es-tu entrée ?
Lilith montra la fenêtre d'un signe de tête, le défiant du regard. Audacieuse, pensa Josef, enchanté par sa hardiesse . Il la punirait plus tard. 
-Qu'as-tu vu ?
-Je nous ai vus, nous... Ma famille.
 
Lucia Puenza est une écrivaine et réalisatrice argentine, elle a adapté son roman au cinéma sous le titre français Le médecin de famille dont voici la bande-annonce.

A écouter le reportage Des nazis en Patagonie de l'émission Interception sur France inter
L'article wikipédia sur le médecin nazi Josef Mengele connu sous le surnom d'Ange de la mort qui a inspiré ce roman

lundi 28 juillet 2014

Céline Claire et Clémence Pollet "Loup un jour"


Lorsque le loup souffle sur la maison de Petit Cochon, celui-ci pense sa dernière arrivée, mais le loup ne le dévore pas, il lui prend simplement quelques branchages. De même, avec la marmite qu'il emprunte à Grand Cochon ou la tablette de chocolat qu'il pique à Pierre. Que va faire le loup de tout cela ? Sur son chemin, le loup croise également un meunier, le Petit Chaperon rouge, une chèvre... 

Cela vous rappelle quelque chose et à première vue, ne vous semble pas très original ? Ne vous y méprenez pas, cet album est bel et bien une réussite. Le texte est bien rythmé, les illustrations stylisée de Clémence Pollet mettent en scène un loup dont on ne voit qu'un sombre pelage menaçant sur de pleines pages. La chute de l'histoire est terrible... Un indice ? Lisez la quatrième de couverture.

A partir de 5 ans.








samedi 31 mai 2014

Susin Nielsen "Le journal malgré lui de Henry K. Larsen


Henry voit régulièrement Cécil, son psychologue depuis que ÇA s'est passé. ÇA est un terrible évènement qui a provoqué un cataclysme dans la famille de Henry. Cécil est un gros nul au look affreux à qui Henry est obligé de parler, il s'adresse donc à lui avec sa voix de robot : ""Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce d'humanoïde." Alors il [Cécil] finit par battre en retraite."
Son psy lui propose alors d'écrire dans un cahier. C'est à la lecture de ce cahier que l'on découvre l'horreur du drame qui a eu lieu et ses conséquences pour Henry et ses parents.

Ce roman m'a fait penser à Faire le mort de Stefan Casta ou Passer au rouge de Hélène Vignal. Susin Nielsen aborde ici des thèmes difficiles avec réalisme mais sans pathos, les personnages loin d'être idéalisés sont crédibles et très attachants. Les personnages secondaires trouvent toute leur place dans ce roman, ils vont être, chacun à leur manière, d'un grand soutien pour notre héros en souffrance, car Henry ne trouve pas toujours le réconfort attendu auprès de ses parents, eux-même en lutte contre leurs démons. Ne pas s'en tenir aux faits mais tenter de comprendre pourquoi et comment on en arrive là. Comment gérer la culpabilité ressentie ? Comment porter un acte que l'on n'a pas commis mais auquel tout le monde vous relie ? Susin Nielsen parle de tout cela avec brio.
Roman à partir de 14 ans.

dimanche 18 mai 2014

Kathryn Littlewood "La pâtisserie Bliss"



Fan de Charlie et la chocolaterie ou de la série Madame Pamplemousse, ce livre est pour vous !

Bienvenue à la pâtisserie du couple Bliss et de leur quatre enfants; une pâtisserie hors du commun abritant entre ses murs Le livre de recettes magiques des Bliss pour préparer une mousse pour enfants obéissants, un gâteau aux carottes pour faire démarrer les entreprises ou encore des cookies de la vérité. Toutes ces recettes nécessitent, pour leur réalisation des ingrédients très spéciaux et une connaissance de la magie. En toute discrétion, le couple Bliss œuvre auprès des habitants de Calamity Falls en vendant et en offrant toutes sortes de gâteaux réparant les maux des uns et des autres. 
Un jour, les parents doivent quitter précipitamment la pâtisserie pour venir en aide à une ville voisine atteinte d'un virus, les enfants gèrent alors le magasin en véritables apprentis-magiciens avec quelques essais pâtissiers ratés semant la pagaille dans la ville tout en faisant face à une menace qui plane sur le précieux livre familial.

Une pointe d'aventure, un saupoudrage de fantaisie et de drôlerie pour une recette merveilleuse en des contrées sucrées, la pâtisserie Bliss est un enchantement. A la manière des romans de Roald Dahl ou plus récemment de David Walliams (Joe millionnaire), la gourmandise, la surréalisme et l'humour ont une place prépondérante, les personnages sont caricaturés, les enfants pleinement innocents sont préservés des défauts des adultes.

2 tomes parus à ce jour. Dès 9 ans.

"Gâteau au pavot rouge 
A la recherche des objets perdus 

En l'an de grâce 1518, sur l'Ile aux Ecumes, en Ecosse, Lady Gresnil Bliss, arborant son tablier rouge, aida Lord Fallon O'Lechnod, l'éternel distrait, à retrouver sa cape. "Elle est incrustée de rubis et doublée de fourrure de furet ! Je l'ai égarée il y a deux semaines. C'est un coup de mes ennemis", lui avait déclaré Lord Fallon. Lady Bliss lui confectionna ces gâteaux, et en les mangeant, Lord Fallon se rappela avoir posé sa précieuse cape sur sa chaise lors d'un dîner chez l'archevêque Pierrod deux semaines plus tôt.

- Mais qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ? demanda Origan.
Oliver se tourna vers son petit frère.
- Ça veut dire arrière-arrière-arrière-arrière grand-ché-pas-quoi a aidé un homme riche à se rappeler qu'il avait oublié son manteau à un dîner.
Oliver poursuivit tandis que Rose écrivait frénétiquement dans son cahier.

Gresnil Bliss mit deux poignées de farine aussi pure que de la neige dans un saladier en bois, cassa un œuf de poule dans la farine et perça le jaune d'or avec le petit doigt de sa main GAUCHE en chuchotant trois fois "Oublietto Desoletto".
Puis elle mélangea une cupule de graines noires à une cuillerée de lait de vache en murmurant "Souviendo Reviendo". Elle versa le lait sur la farine et fit tourner cinq fois la cuillère en fer dans le sens des aiguilles d'une montre. Après voir saupoudré la mixture de salive d'éléphant, elle souffla dessus. Pour finir, au centre de chaque gâteau, elle plaça un pétale de coquelicot. 

Cela continuait ainsi pendant un moment.

Il soufflait un vent du nord. Elle enfourna les gâteaux dans un four CHAUD comme sept flammes, le TEMPS  de six chansons, puis les servit à Lord Fallon O'Lechnod. Une lueur verte brilla dans les yeux du Lord. Il se rendit chez l'archevêque. Sa cape y était.

-J'ignorais que les recettes étaient... comme ça, remarqua Rose.
Elle parcourut ses notes.
-Une cupule de graines noires ? Chaud comme sept flammes ? Le temps de six chansons. Je n'ai aucune idée de ce que ces mesures signifient.
Elle regarda ses frères d'un air désespéré."

vendredi 18 avril 2014

Barral "Mon pépé est un fantôme"


Le pépé de Napoléon vient de mourir. Pendant la veillée funèbre, le fantôme de pépé apparait devant Napoléon mais lui seul peut le voir. Les ancêtres de Pépé lui ont confié une mission : il doit veiller sur son petit-fils et faire de lui et ses parents, une famille unie. Mission délicate puisque les parents de Napoléon sont en pleine rupture. Napoléon et Pépé vont tout faire pour les réconcilier...

Scénario et dessins dialoguent, se desservent l'un l'autre pour former une unité, un ensemble très réussi. 
La mort n'est pas tabou, elle perd sa dimension dramatique au profit de l'humour qui fonctionne à plein, tranches de rire assurées aussi bien pour les petits que pour les grands.
11 tomes prévus dont 4 publiés à ce jour.
A partir de 8-9 ans




mercredi 2 avril 2014

Barbara Constantine "Et puis, Paulette..."


Et puis, Paulette... Un titre énigmatique tout au long de la lecture de ce roman qui ne dévoile sa raison d'être qu'à la toute dernière page ! 
Barbara Constantine livre un petit bijou de lecture empreint de sensibilité et d'humanisme. Comme dans ses autres romans, elle brosse le portrait de classes populaires en milieu rural confrontées à des difficultés sociales, financières et familiales.
Il y a Ferdinand, retraité et veuf, empêtré dans sa difficulté à exprimer ses sentiments, Marceline et sa grande blessure en travers du cœur si longue à cicatriser, et puis Guy, qui doit apprendre à vivre sans Gaby, sa femme et partenaire de toute une vie, sans oublier les inséparables sœurs Lumière, Simone, 88 ans, et Hortense, 95 ans, qui par moment débloque complètement. 
Tous, avec leurs petits et grands soucis vont cohabiter dans la grande ferme de Ferdinand, leur colocation de "vieux" va s'ouvrir aux jeunes générations sur un échange de bons procédés : offre gîte, blanchisserie et couvert contre entretien du potager ou soins infirmiers. Une nouvelle famille de cœur se constitue et s'organise.
Le retour aux choses simples, la terre, les animaux, l'écologie, le partage, l'entraide, la solidarité et les liens intergénérationnels sont des thèmes récurrents dans les romans de Barbara Constantine, comme pour nous rappeler que l'essentiel est là. On rit et on pleure à la lecture de cette histoire légèrement enjolivée mais si touchante. 

"Et Simone s'est bouché les oreilles en murmurant : Ça y est, elle recommence à débloquer, quand elle s'est mise à chanter à tue-tête : Aïm ségué aine ze rêne,  aïm ségué aine ze rêne, ouate e biou tiful fi léne, aïm rapi e gaine... Un hommage au film qu'elle ne ratait sous aucun prétexte quand il passait à la télé, au moment de Noël. Elle n'avait jamais très bien compris l'histoire, ni ce qu'ils baragouinaient dans leurs chansons, mais ça lui plaisait bien que des gens se mettent à danser et à chanter sous la pluie en ayant l'air content. Elle trouvait ça épatant. On voyait jamais personne faire ça dans la vraie vie. A part les enfants. Et encore, fallait pas que les parents soient dans les parages..."

lundi 17 février 2014

Jeanne Ashbé "Attends, petit éléphant !"


"Tout vient à point à qui sait attendre". Petit éléphant veut aller dehors, pédaler sur son nouveau vélo tout de suite. Grand éléphant lui dit "Attends, je suis occupé".
Plus tard, Grand éléphant appelle petit éléphant à plusieurs reprises pour le goûter. Petit éléphant répond "Attends, je lis", "Attends je travaille", "Attends je joue". 
L'histoire se finit par un goûter et une balade à vélo, une façon très tendre d'aborder la patience, l'attente. L'éditeur a choisi de citer Francis Bacon sur la quatrième de couverture : "La fortune vend à qui se hâte une infinité de choses qu'elle donne à qui sait attendre".